Et on pouvait parfois se demander : où sont ces plaines de la Mongolie ancienne, celles qui hennissent sous le galop des regards ? Et qu’en est-il de ces étalons sauvages perdus au vent d’une crinière ? Qu’en était-il en effet ?
Un seul mot résonnait encore dans ma gorge : race. De cette race supérieure que j’avais lue. Et de cette noblesse indomptée où se perdent les hommes de bonne foi. Une femme en devenir, certes. Mais une femme déjà sous une peau qui a perdu l’enfance futile et gardé dans ses joues les jeux tendus de l’inconscient. Peut-être m’emportais-je, mais mes mémoires effacent difficilement certaines rencontres.
J’aurais voulu la décrire cette rencontre. Et elle aussi. Mais « trouverons-nous un jour les mots pour dire le poids de la lumière ? » A quoi bon essayer de se perdre en mots. C’était une Venus Erotica dans le premier sens du terme. Une amazone fière au port altier des échos aux crevasses des hommes de bonne volonté.
Une femme, diraient certains. Mais l’art surprend là où on ne l’attend pas. Et quoi de plus artistique qu’une femme assumée ? Une femme ardente, dans la jouvence de l’être. Que dire à l’art quand il nous demande s’il nous plaît ? Que dire à l’art quand il se dilue lentement dans les souvenirs pour laisser quoi ?, une trace, une marque indélébile inscrite au papier noir d’yeux profond. Que dire de l’art quand il s’échappe dans ses propres rêves ?
Et aucune issue ne paraît laissée à celui qui se perd. Rien.
Sinon le silence héroïque de la distance.
Et les confidences d’une fille qui dort.