parfois, des filles pleurent et on ne sait même pas pourquoi. en fait, on n’a même pas remarqué qu’elles pleuraient. on ne remarque d’ailleurs jamais quand une fille pleure. on ne sait pas si c’est par pudeur ou tracas. on ne sait même pas si on le fait exprès de ne pas le remarquer. après, elles nous en veulent et on veut bien les comprendre. on se demande alors réellement pourquoi on ne les a pas remarquées en train de pleurer. on leur demander pourquoi. on leur demande ce qui se passe. on dit qu’on ne comprend pas. qu’elle doit nous expliquer. mais elle ne dit rien, elle continue juste à pleurer. et elle a bien raison comme ça, d’ailleurs, de pleurer, plutôt que perdre son temps à essayer d’expliquer qu’on ne peut pas comprendre.
parfois, un garçon aussi peut pleurer. mais il se cache. alors on ne le voit pas.
parfois, c’est moi qui pleure. ou qui ne pleure pas. même s’il voudrait. au bord des larmes pendant des semaines. au bord de quelque chose sans savoir quoi. on se retient sans savoir pourquoi. on ne se sent ni fille ni garçon, mais on aimerait bien quand même une présence, juste une. une peau où laisser reposer ses tracas. une belle peau, douce et qui sent bon. une jolie peau, fine et tendue à la fois. on se dit qu’on est trop difficile de toute manière, qu’on ne se retrouvera jamais. on se dit qu’on est triste, surtout.
mais on ne sait pas de quoi on a besoin. on cherche et on ne trouve pas, parce qu’on ne sait pas ce qu’on cherche.
on aimerait aussi continuer à écrire, mais tout ce qui sort ne ressemble qu’à des bribes imberbes et désarticulées. rien de potable, en somme. rien pour alimenter quoi que ce soit. juste un robinet qu’on n’arrive pas à contrôler. c’est stupide pourtant, mon père est plombier. mais il ne m’a jamais appris à manier du tuyau. c’est peut-être pour ça aussi.