en fait, j’aurais pu tomber comme ça, en plein milieu de la rue. personne ne m’aurait regardé.
mais j’ai continué. et j’ai croisé des hommes bagués, les yeux bas, la bouche ouverte. et des femmes bouclée, les yeux grands ouverts, la bouche pincée. ils ne savaient pas où ils allaient. ils étaient un peu perdus, je crois.
un mort et un blessé, à une heure d’intervalle, dans la même rue, ça peut plomber l’humeur. pas de chance pour moi. j’y suis resté. et je vois encore la tache de sang sur l’asphalte.
puis j’ai pris des guitares dans les veines. et des voix dans les oreilles. je croyais que ça me faisait du bien. j’avais peut-être raison. mais rien n’est venu. sinon des gens, pour dire bonjour. avec le sourire. et des t-shirts mono. c’était un peu la galerie.
j’aurais très bien pu terminer la nuit seul. j’avais mille raisons de le faire. mais j’en ai une ou deux qui m’en empêche. c’est con, parfois, les raisons.
les japonais poussent leurs fleurs de printemps. la rue est rose, jusqu’à la chute des pétales. après, tout le monde dira que c’était plus beau avant. mais tout le monde aura oublié comment c’était avant. tout le monde regardera vers le passé, les yeux fermés, pour ne pas s’avancer vers des lendemains peut-être meilleurs. tout le monde a peur. tout le monde dort en montrant les dents. et ça aussi, ça fait peur.
plus personne ne boit l’eau des sources. plus personne ne mange à même le pain. on se lave les mains, on se frotte la bouche, on tourne la langue septante sept fois sept fois dans la gorge des autres, puis on ne parle pas. plus personne n’accepte les sourires. plus personne n’ose encore croire en l’amitié, au bonheur, au soleil derrière les nuages. tout le monde choisit la facilité, parce qu’au fond, la facilité, c’est quand même plus confortable. et puis on ne se pose plus de questions. comme quoi, c’est utile aussi.
je crois qu’on a tous besoin d’orofar. les notices de pharmacies regorgent de consignes acceptables et recommandables. il faut manger les pharmacies, pour ne plus tomber malade de la tête. il faut manger les pharmaciens et les pharmaciennes. il faut manger les serpents verts qui courent les croix de néon et éparpiller dans les rues au sang d’asphalte des milliers de papiers vindicatifs qui nous disent ce qu’on pourra encore manger et ce qu’on ne pourra plus boire. il faut faire tout ça avant qu’il ne soit trop tard, avant que nos anges gardiens ne nous aient abandonnés. avant que tout le monde dorme, aussi. avant que tout le monde dorme.
avant que tout le monde dorme.